La route apprend plus que le maître.
Car parfois, les plus belles leçons viennent simplement du voyage.
'' proverbe Ouzbek''
Après Samarcande, qui m’a laissé des étoiles plein les yeux, je décide, pour mes derniers jours en Ouzbékistan, de passer quelques jours dans une région préservée du tourisme : la vallée de Ferghana.
Nichée entre les montagnes du Tian Shan au nord et les chaînes du Gissar-Alaï au sud, la vallée de Ferghana est l’un des joyaux méconnus de l’Ouzbékistan.
Mais pour y accéder, je dois obligatoirement passer par la capitale, Tachkent, et y passer une nuit avant de prendre le seul train qui dessert la région.
Tachkent, la capitale moderne de l’Ouzbékistan, ne présente pas vraiment d’intérêt pour mon voyage, hormis peut-être le marché central de Chorsu et la station de métro Kosmonavtlar, dans le plus pur style soviétique, qui rend hommage aux pionniers de la conquête spatiale. De toute façon, j’y reviendrai pour prendre mon vol vers la Chine.
Prendre un train tôt le matin, en voyage, quand on ne connaît pas les usages et les codes du pays, est toujours une petite source de stress : trouver un taxi, ne pas se tromper de gare — surtout quand, comme ici à Tachkent, il y en a plusieurs, avec des noms différents, parfois écrits en cyrillique — et arriver suffisamment tôt pour anticiper les éventuels aléas des horaires…
En arrivant avec 1 h 15 d’avance à la gare du Sud, appelée Janubiy sur mon billet, Yuzhny sur Google Maps et Южный sur le fronton de la gare elle-même, j’étais plutôt content d’avoir un peu de marge.
Sauf que j’ai tout juste eu le temps de monter dans le train, qui a décidé de partir une heure plus tôt que prévu, sans information préalable !
En me glissant difficilement dans ma couchette supérieure, je me suis même demandé si je n’avais pas pris le mauvais train.
Bon, apparemment, la flopée d’enfants qui se rendaient, comme moi, à Kokand a fini par lever mes doutes… Ouf !
Ce trajet aura été pour le moins original. Coincé dans ma petite couchette, je n’aurai pas vu grand-chose du paysage. Je n’ai pas non plus bien compris les différents arrêts en pleine nature, ni les raisons de la présence de tous ces joyeux gamins dans le train.
En tout cas, l’ambiance était très festive, avec un contrôleur qui s’est mué en nounou après avoir troqué son uniforme contre une tenue plus décontractée.
À mon arrivée, je me suis vite rendu compte que, dans cette région de l’Ouzbékistan, le touriste était une curiosité. Ce qu’elle perd en attractivité touristique, elle le gagne en authenticité et en chaleur humaine.
Loin des étapes touristiques classiques, les villes de la vallée offrent une Ouzbékistan plus rurale, plus provinciale, plus authentique.
J’établirai mon camp de base à Ferghana, d’où je rayonnerai en empruntant les marshrutkas, ces minibus partagés très bon marché.
La plaine fertile de Ferghana a nourri pendant des millénaires les caravanes, les artisans et les conquérants. Elle est réputée pour ses tisserands de soie et ses artisans céramistes, qui perpétuent des savoir-faire ancestraux.
Kokand,la ville des vents
À Kokand, je ne visiterai que le palais du khan Khudoyar.
Loin des standards de Boukhara ou de Samarcande, ce palais, situé dans un immense parc , aura été une halte agréable après mon voyage en train. L´attraction principale étant de posséder le plus vieux coran d´Ouzbékistan.
Rishtan, l’art de la céramique
À 1 h 30 de taxi collectif, Rishtan est l’un des grands centres historiques de la céramique en Ouzbékistan.
C’est une étape particulièrement intéressante : ici, la céramique est un véritable savoir-faire transmis de génération en génération.
De nombreux ateliers familiaux ouvrent gratuitement leurs portes aux visiteurs. Les techniques de façonnage, la peinture à la main de motifs géométriques aux nuances bleu-vert caractéristiques et l’émaillage au four perpétuent un art ancestral.
Marguilan, la soie de la Route de la Soie
Marguilan est une étape majeure sur la Route de la Soie. On dit qu´Alexandre le grand y aurai pris un repas de poulet et de pain ( morgh et nan,en vieux Persan) qui lui aurait donné son nom.
Aujourd’hui encore, elle demeure l’un des principaux centres de la soie ouzbèke.
L’atelier-fabrique Yodgorlik perpétue les méthodes traditionnelles : élevage des vers à soie, dévidage des cocons dans l’eau bouillante, teinture végétale et tissage à la main.
Malgré les difficultés à nous comprendre, je sympathiserai avec les ouvrières, qui voudront même partager leur collation avec moi. Je n’accepterai que quelques grains de grenade.
Ferghana, au cœur de la vie Ouzbèke
Quant à mon pied-à-terre à Ferghana, c’est l’immense bazar central qui m’occupera le reste du temps.
En Ouzbékistan, le bazar est une véritable institution, un lieu de vie et d’échanges incontournable. On y observe encore le commerce traditionnel : étals de bouchers, montagnes d’épices, pyramides de fruits secs et pains cuits au feu de bois.
Pour moi, c’est aussi l’occasion de découvrir, davantage que dans les grandes villes touristiques que sont Samarcande et Boukhara, la véritable nature du peuple ouzbek.
La population actuelle est le fruit d’un métissage façonné par les peuples qui ont traversé cette fameuse Route de la Soie : anciennes populations perses, tribus nomades turco-mongoles et, plus récemment, Russes, dont l’influence demeure un héritage de l’époque soviétique.
Cette histoire a façonné la langue, la culture, l’artisanat et la cuisine du pays.
Dans la vallée de Ferghana, j’ai pris le temps de mesurer toute la gentillesse, l’hospitalité et la politesse des Ouzbeks. En tant que voyageur solo, parmi les rares touristes rencontrés, je me suis senti pleinement accueilli et en totale sécurité.
La vallée de Fergana est célèbre par ses délicieux pains décorés lepyochkas, on trouve sur le marché de nombreux stands de vente ainsi que les outils pour leur décoration